Aragon parle avec Dominique Arban

Seghers, 1968

Le texte de trois entretiens
Caractéristique d'Aragon, le souci de faire de la littérature sur la littérature, de "mentir vrai". Par moments irritant, mais plus que de la biographie —et quelle biographie!

p 162 et suivantes, sur l'existence d'un langage poétique, par opposition au langage quotidien

[...] s'il est clair que les gestes de la vie quotidienne vous paraissent à vous, en contradiction avec l'expression poétique, il n'en est pas de même pour moi. Et donc les paroles du quotidien ne vous apprennent pas ce que je pense. Par contre, ce que j'écris vous l'apprend.
[...]
Sans doute qu'à toutes les époques les gens ont parlé une langue littéraire différente de la langue quotidienne, mais nous n'en donnons plus, comme on dit de nos jours, la même "lecture" : car l'écart entre les deux langues était différent. Et quand nous lisons par exemple un livre qui se passe à une époque qui n'est pas la nôtre où toutes les choses sont racontées pour nous dans un temps exotique, celles-ci se "poétisent" pour nous par cet exotisme même. Ici est le vice fondamental du roman historique.
[...]
La question est donc bien là : que je suis le même homme qui écrit, et qui vit. La vie est aussi noble que l'écriture. Il n'y a pas de camion ni de salière qui fasse descendre la poésie dans le quotidien (pris au sens péjoratif). Toute existence est entraînée dans le même tourbillon de violence que "pour simplifier" j'appelle poésie.

Non-fiction,
Marc Girod
Last modified: Thu Nov 16 20:51:47 EET 2000