La Société contre l'État

Recherches d'anthropologie politique
Pierre Clastres, 1974
Les Éditions de Minuit, 2011

Chapitre 1 : Copernic et les Sauvages

1969
p. 15
Notre culture, depuis ses origines, pense le pouvoir politique en terme de relations hiérarchisées et autoritaires de commandement-obéïssance. Toute forme, réelle ou possible, de pouvoir est par suite réductible à cette relation privilégiée qui en exprime a priori l'essence. Si la réduction n'est pas possible, c'est qu'on se trouve dans l'en-deçà du politique : le défaut de relation commandement-obéïssance entraîne ipso facto le défaut de pouvoir politique.
p. 19
On ne saurait se contenter d'énoncer que dans les sociétés où ne s'observe pas la relation de commandement-obéïssance (c'est-à-dire dans les sociétés sans pouvoir politique), la vie du groupe comme projet collectif se maintient par le biais du contrôle social immédiat, aussitôt qualifié d'apolitique [...] À la limite, une société apolitique n'aurait même plus sa place dans la sphère de la culture, mais devrait être placée avec les sociétés animales régies par les relations naturelles de domination-soumission.
p. 20
On ne peut répartir les sociétés en deux groupes : sociétés à pouvoir et société sans pouvoir. Nous estimons au contraire [...] que le pouvoir politique est universel, immanent au social (que le social soit déterminé par les « liens du sang » ou par les classes sociales), mais qu'il se réalise en deux modes principaux : pouvoir coercitif, pouvoir non coercitif.
Le pouvoir politique comme coercition (ou comme relation de commandement-obéïssance) n'est pas le modèle du pouvoir vrai, mais simplement un cas particulier, une réalisation concrète du pouvoir politique en certaines cultures, telle l'occidentale (mais elle n'est pas la seule, naturellement).
p. 21
On peut penser le politique sans la violence, on ne peut pas penser le social sans le politique : en d'autres termes, il n'y a pas de société sans pouvoir.
p. 22
Deux grandes interrogations :
  1. Qu'est-ce que le pouvoir politique ? C'est-à-dire : qu'est-ce que la société ?
  2. Comment et pourquoi passe-t-on du pouvoir politique non coercitif au pouvoir politique coercitif ? C'est-à-dire : qu'est-ce que l'histoire ?

Chapitre 2 : Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne

1962
p. 25
La théorie ethnologique oscille entre deux idées, opposées et cependant complémentaires, du pouvoir politique : pour l'une, les sociétés primitives sont, à la limite, dépourvues pour la plupart de toute forme réelle d'organisation politique ; l'absence d'un organe apparent et effectif du pouvoir a conduit à refuser la fonction même de ce pouvoir à ces sociétés, dès lors jugées comme stagnant en un stade historique prépolitique ou anarchique. Pour la seconde, au contraire, une minorité parmi les sociétés primitives a dépassé l'anarchie primordiale pour accéder à ce mode d'être, seul authentiquement humain, du groupe : l'institution politique ; mais on voit alors le « défaut », qui caractérisait la masse des sociétés, se convertir ici en « excès », et l'institution se pervertir en despotisme ou tyrannie.
p. 27
[chef sans autorité]
  1. Le chef est un faiseur de paix [...]
  2. Il doit être généreux de ses biens [...]
  3. Seul un bon orateur peut accéder à la chefferie.

Chapitre 3 : Indépendance et exogamie

1963

Chapitre 4 : Éléments de démographie amérindienne

1963
p. 86
La catastrophe de la Conquista a été aussi grande que Las Casas l'avait dénoncée : « C'est le quart de l'humanité, en gros, qu'auront anéanti les chocs microbiens du XVIe siècle. »

Chapitre 5 : L'arc et le panier

1966
[Rôle des hommes et des femmes chez les Guayaki du Paraguay]

Chapitre 6 : De quoi rient les Indiens ?

1967

Chapitre 7 : Le devoir de parole

1973

Chapitre 8 : Prophètes dans la jungle

1970
p. 136
[Mbya-Guarani, une tribu des Tupi-Guarani] Rechercher sans trêve l'au-delà promis par leurs mythes, ywy mara eÿ, la Terre sans Mal.
p. 138
Écouter dans le recueillement les exhortations de leur pa'i, de leurs chamanes. Ce sont eux les vrais savants qui, tels les karai des temps anciens, habités de la même passion, s'abandonnent à l'exaltation d'interroger leurs dieux.
p. 139
Ñamandu, Karai Ru Ete, figures du panthéon guarani.

Chapitre 9 : De l'Un sans le Multiple

1972-1973
p. 145
[Tupan, dieu calculateur et narquois] voulait que la nouvelle terre fut une terre imparfaite, une terre mauvaise [...] Il savait qu'il aurait à affronter Ñande Ru Ete, le maître d'une brume qui [...] rend inhabitable la terre imparfaite.
p. 146
Les Guarani sont des habitués du malheur [...] Certitude d'atteindre quelque jour ywy mara eÿ, la Terre sans Mal.
p. 147
Que dit la pensée guarani ? Elle dit que l'Un, c'est le Mal.
p. 148
Ce qui est corruptible meurt d'incomplétude, l'Un qualifie l'incomplet.
p. 149
Le Bien, ce n'est pas le multiple, c'est le deux, à la fois l'un et son autre, le deux qui désigne véridiquement les êtres complets.

Chapitre 10 : De la torture dans les sociétés primitives

1973

Chapitre 11 : La société contre l'État


The Dawn of Everything, Attachements,
Anthropologie