Les rois thaumaturges

Étude sur le caractère surnaturel attribué a la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre
Marc Bloch
Librarie Istra, 1924

Livre Premier : Les Origines

Chapitre I. Les débuts du toucher des écrouelles
Chapitre II. Les origines du pouvoir guérisseur des rois : la royauté sacrée aux premiers siècles du moyen âge
§2. Le pouvoir guérisseur du sacré, p. 76
Les hommes du moyen âge se faisaient des choses de la religion une image très matérielle et, si l'on peut dire, extrêmement terre à terre.
§3. La politique dynastique des premiers Capétiens et de Henri Ier Beauclair, p. 81
Pour exploiter un miracle, point n'est besoin d'être un sceptique.

Livre Second : Grandeur et vicissitudes des royautés thaumaturgiques

Chapitre I. Le toucher des écrouelles et sa popularité jusqu'à la fin du quinzième siècle
§4. Le toucher des écrouelles devant l'opinion ecclésiastique, p. 124
Le miracle ne prouve point la sainteté : il vient de Dieu.
Chapitre II. Le second miracle de la royauté anglaise : les anneaux médicinaux
Chapitre III. La royauté merveilleuse et sacrée des origines du toucher des écrouelles jusqu'à la Renaissance
§1. La royauté sacerdotale, p. 186
Les rois n'étaient pas de purs laïques. La dignité dont ils étaient revêtus les paraît d'un caractère presque sacerdotal [...]
Nul monarque ne s'est jamais cru capable de célébrer le saint sacrifice de la messe [...]
Dans la chrétienté médiévale, l'existence d'une dignité hybride était inconcevable.
§3. Les légendes ; le cycle monarchique français ; l'huile miraculeuse au sacre anglais, p. 245
Ces contes prestigieux [La Sainte Ampoule, les fleurs de lis, le Songe du Verger, l'oriflamme, le don de guérison] présentent tous, comme un trait commun, une sorte d'antinomie. Nés en bonne part, de préoccupations intéressées, ils ont eu, néanmoins, un grand succès populaire ; ils ont ému les foules, ils ont fait agir les hommes.
§5. Conclusions, pp. 258-259
La force réelle de la royauté était alors [sous les premiers Capétiens] bien peu de chose et les rois eux-mêmes, en pratique, souvent médiocrement respectés par leurs sujets [...]
Ce qui doit surprendre l'historien [...] c'est que cette royauté qui, dans l'État morcelé, ne remplissait plus aucune fonction propre, se soit maintenue et ait conservé assez de prestige pour pouvoir, plus tard, à partir de Louis VI, les circonstances aidant, développer rapidement ses énergies latentes et s'imposer, en moins d'un siècle, au dedans et au dehors, comme une grande puissance.
[...] Les hommes du moyen âge ne se résignèrent jamais à voir dans leurs souverains de simples laïques et de simples hommes. [...] Le peuple se plut toujours à attribuer à la chasteté une sorte de vertu magique.
Chapitre IV. De quelques confusions et croyances : saint Marcoul, les rois de France et les septièmes fils
§2. Saint Marcoul et le pouvoir thaumaturgique des rois de France, p. 291
[Dans le livre du cardinal Lambertini, plus tard pape Benoît XIV] nous lisons : « les rois de France ont obtenu le privilège de guérir les écrouelles... en vertu d'une grâce à eux gracieusement donnée, soit lors de la conversion de Clovis, [...] soit lorsque Saint Marcoul la demanda à Dieu pour tous les rois de France ».
p. 293
[Contamination des croyances] Il y avait en France des rois qui, depuis le XIe siècle environ, guérissaient les écrouelles ; il y avait aussi un saint à qui, un ou deux siècles plus tard, on s'était avisé de reconnaître un pouvoir semblable. Les imaginations cherchèrent une liaison et [...] la trouvèrent.
§3. Les septièmes fils, les rois de France et saint Marcoul, p. 302
Il est possible que, au XVIIe siècle, les septennaires, avant de commencer à pratiquer leur art, se fissent parfois toucher eux-mêmes par le roi.
Chapitre V. Le miracle royal au temps des luttes religieuses et de l'absolutisme
§2. Renaissance et Réforme, p. 327
En 1535, Michel Servet [dans une traduction de la Géographie de Ptolémée, écrivait :] « J'ai vu de mes propres yeux ce roi toucher plusieurs malades [...] S'ils furent vraiment rendus à la santé, c'est ce que je n'ai point vu » [...]
En 1541, [dans une seconde édition,] la dernière phrase était remplacée par celle-ci : « J'ai ouï dire que maint malade a été rendu à la santé ».
p. 341
Quand Henri III se fut définitivement brouillé avec la Ligue, les ligueurs estimèrent qu'il s'était par son impiété rendu indigne d'exercer le surnaturel pouvoir imparti à sa race.
§3. Absolutisme et royauté sacrée ; la dernière légende du cycle monarchique français, p. 345
Il y avait un abîme entre le souverain abstrait de la si raisonable Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte et le prince miraculeux, sacré à Reims avec l'huile céleste, auquel Bossuet croyait vraiment de toute son âme de prêtre et de fidèle sujet.
pp. 357-360
La légende de la première guérison des écrouelles par Clovis [...] sortit tout armée du cerveau inventif d'Étienne Forcatel, juriste toulousain, en 1579.
Chapitre VI. Le déclin et la mort du toucher
§2. La fin du rite anglais, pp. 390-395
Guillaume d'Orange refusa de toucher et se tint toujours à ce refus [...]
Hume écrivait, en 1755, dans son Histoire d'Angleterre : « la pratique a été abandonnée pour la première fois par la présente dynastie » — la maison de Hanovre —, « laquelle observa que cet usage n'était plus capable d'impressionner la populace et était atteint de ridicule aux yeux de tous les hommes de bon sens ».
§3. La fin du rite français, p. 398
Saint Simon, rédigeant ses Mémoires entre 1739 et 1751, se gausse de la pauvre princesse de Soubise ; maîtresse de Louis XIV, elle serait morte des écrouelles.
p. 404
Depuis le 31 mars 1825 [sacre de Charles X], aucun roi, en Europe, ne posa plus sa main sur les plaies des scrofuleux.

Livre Troisième : L'interprétation critique du miracle royal

Chapitre unique
§1. Les premiers essais d'interprétation rationaliste, pp. 409-410
Qui donc aujourd'hui songe à invoquer des causes surnaturelles ?
§2. Comment on a cru au miracle royal, p. 412
Il saute aux yeux que l'efficacité de la main royale subissait au moins des éclipses. [...] Beaucoup de malades se faisaient toucher plusieurs fois.
p. 424
Après le sacre de Charles X, les sœurs de l'Hospice Saint-Marcoul imaginèrent de rassembler quelques renseignements. Il y avait eu environ 120 à 130 personnes touchées. On recueillit en tout huit cas de guérison.
p. 426
Une foi solide ne se choque pas aisément.
p. 429
Quoique l'on pût penser de l'efficacité du toucher royal, il avait au moins un avantage, c'était de n'être pas nocif.

Appendices


Histoire