Les Carnets du sous-sol

Fédor Dostoïevski, Записки из подполья
21 mars 1864
Traduction d'André Markowicz
Babel, Actes sud, 2025

Misère, honte, désespoir, haine.
Lisa, Apollon...

I. Le sous-sol

p. 39
Si l'on trouve vraiment une formule pour toutes nos volontés et tous nos caprices, c'est-à-dire de quoi ils dépendent, quelles sont au juste les lois qui les font naître, qui font qu'ils se développent, ou ce vers quoi ils tendent dans tel ou tel cas, etc., enfin, une formule mathématique véritable — alors c'est sans doute vrai que l'homme cessera tout de suite de vouloir, et même, sans doute cessera-t-il à coup sûr. Qui donc pourrait vouloir vouloir selon une formule ?

II. Sur la neige mouillée

p. 156
C'est toi seule qui dois répondre pour tout, parce que tu t'es trouvée ici, parce que je suis un salaud, parce que je suis le ver de terre le plus répugnant, le plus risible, le plus minable, le plus stupide, le plus jaloux de tous les vers de terre du monde qui, tous, ne seront pas mieux que moi, mais qui, et Dieu seul sait pourquoi, n'éprouvent jamais de honte ; et moi, toute ma vie, je recevrai des pichenettes de la moindre charogne, et mon destin — c'est ça ! Mais qu'est-ce que ça me fait, si tu ne comprends rien de ce que je te dis ? Qu'est-ce que j'en ai à faire, hein ? dis, que tu sois, toi, oui ou non en train de crever ? Mais tu comprends que moi, maintenant que je t'ai dit tout ça, je vais te détester parce que tu étais là et que tu as entendu ?
pp 164-165
Vous hurlerez, vous taperez des pieds : “Holà, parlez au moins pour vous, de vos petites misères dans le sous-sol, mais de quel droit dites-vous : nous tous ?” Permettez, messieurs, je ne pourrai pas me justifier, de toute façon, avec cette nous-toussité.

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