L'âme noire de la démocratie
Manifeste pour un autre idéal politique
Geoffroy de Lagasnerie
Flammarion, Nouvel avenir, 2026
Introduction
- p. 9
-
Qui n'a jamais éprouvé le sentiment politique d'étouffer ?
Manifeste
- pp. 39-40
-
« Si la République de Weimar, au lieu de Hitler,
avait décidé, par les voies les plus rigoureusement parlementaires
et légales, de mettre les juifs dans des camps de concentration
et de les torturer avec raffinement jusqu'à la mort,
les tortures n'auraient pas eu un atome de légitimité de plus
qu'elles n'ont maintenant. »
Simone Weil
- p. 54
-
Il n'y a pas de volonté « générale »,
pas de souveraineté populaire ni de peuple au singulier...
- pp. 55-56
-
Imaginer un système qui enjoindrait [...]
à ceux qui veulent gouverner non pas :
organisez-vous pour obtenir une majorité de suffrages,
mais : montrez-nous que votre politique aura des effets
de protection des forces de la vie et de diminution
des forces de la prédation et de la souffrance.
- p. 57
-
La politique de Clinton et de Bush a eu des impacts mortels
extrêmement importants.
Il n'y a eu que deux événements qui,
depuis la Seconde Guerre mondiale,
ont eu un tel impact sur la mortalité :
l'épidémie de sida en Afrique australe, et la restauration
du capitalisme en Russie.
- p. 72
-
Dans un ouvrage sur les discours publics français sur l'immigration,
le démographe François Héran souligne [...] à quel point
le personnel politique de droite ou d'extrême droite
— ministres, députés, présidents de partis —
ne cesse d'utiliser des statistiques et des chiffres pour parler
de la migration et appeler à des réformes conservatrices
— mais qu'il propage systématiquement
des chiffres manipulés et de fausses informations.
- pp. 78-79
-
Dès qu'un modèle génératif de langage est contraint par la vérité,
il est orienté à gauche.
- p. 91
-
Un progrès de la politique s'accomplira
lorsqu'on constituera le pouvoir étatique non plus comme le lieu
ultime et autonome de la décision, mais comme un espace sous
surveillance et encadré par des pouvoirs qui lui échappent.
- p. 105
-
Les opinions qui auraient compté en démocratie [...]
sont celles que les individus auraient exprimées
s'il avaient été amenés à voter [...]
lors d'un référendum par exemple [...]
Lorsqu'on recueille les opinions à l'issue
du processus délibératif [...], on constate deux résultats
essentiels : d'abord [...], les opinions n'ont pas tendance
à se diviser [...] mais au contraire à s'uniformiser et
à se rapprocher [...] Mais plus important encore :
les études montrent que ce rapprochement des opinions
se fait toujours dans le sens d'une hégémonie de plus en plus
grande des positions progressistes [...]
- p. 106
-
Contrairement à la forme
campagne électorale-élection-assemblée,
ces [expériences que je propose d'appeler des
plateformes d'élaboration spécifique] favorisent
des prises de décisions progressistes d'un point de vue éthique
et scientifique.
- p. 111
-
La notion d'opinion personnelle n'a pas beaucoup de sens
ni de pertinence. Une opinion n'est jamais personnelle.
- p. 112
-
[La] représentation selon laquelle une composante essentielle
de mon identité réside dans mon opinion spontanée
et qu'un aspect fondamental de ma liberté politique
se trouve dans ma capacité à l'exprimer a déjà été dénoncée
par Walter Benjamin comme formant un dispositif suspect.
- p. 119
-
L'attitude première du sujet politique devrait être de se demander
non pas : quelle est mon opinion ? qu'est-ce que
je ressens ? Mais :
que nous apprennent les études sur ce sujet ?
- p. 123
-
Les parlements sont structurellement empêchés de fonctionner
comme des lieux d'apprentissage et de réflexion. [...]
L'obsession de la réélection hante les membres des parlements
— et cette obsession instaure une dépendance aux opinions
spontanées qui empêche d'adopter une disposition d'esprit
critique et réflexive.
- p. 126
-
Un homme qui entre dans un parti adopte docilement
l'attitude d'esprit qu'il exprimera plus tard par les mots :
« Comme monarchiste, comme socialiste, je pense que... »
Simone Weil
- p. 129
-
Comment peut-on considérer comme rationnel le fait de confier
la gestion d'un nombre insensé de questions complexes
à quelques ministres, personnages sans cesse débordés, épuisés,
qui n'ont même plus le temps de lire, de réfléchir,
d'aller au cinéma [...], et qui passent d'un ministère à l'autre
en vingt-quatre heures ? [...]
les types d'hommes et de femmes adaptés à ce genre de vie
apparaissent même comme dotés de profils psychologiques inquiétants.
- p. 135
-
Le problème politique intéressant à affronter est toujours
celui de savoir à quel pouvoir je préfère obéir
si je suis en désaccord avec lui.
Hans Kelsen
- p. 137
-
Plus encore que la vérité, qui n'est jamais fixée,
c'est la recherche de la vérité, la disposition à réfléchir et
à élaborer qui favorise le progrès social.
- p. 140
-
Le fantasme d'autogouvernement est par définition illusoire.
- p. 160
-
Se battre pour une autre démocratie que celle
qui existe aujourd'hui, c'est pratiquement toujours se battre
pour instaurer un système dans lequel on pense qu'on aura
plus de chance de gouverner l'autre.
- p. 164
-
Cette dimension sadique [« Ton corps, mon choix »]
de la démocratie est sans doute accentuée et même soutenue
par le rôle qu'y jouent des abstractions totalisantes comme celles
de volonté générale, de souveraineté populaire, de nous, de peuple.
- p. 170
-
Tout Américain en désaccord avec la gouvernementalité Trump
se trouve, en un sens, à cause de la démocratie,
en territoire occupé.
- p. 171
-
[Robert] Nozick s'oppose à la réduction de la réflexion politique
que produit la démocratie en la limitant à un questionnement
sur la meilleure manière d'organiser la prise de décision
dans une cité aux frontières données d'avance.
- p. 184
-
Le projet d'une critique libertaire de la politique
et d'une réinvention du droit suppose d'attaquer frontalement
toutes les notions unificatrices d'État-nation et de citoyenneté
— de briser l'idée d'une appartenance commune qui,
travaillant encore l'affect démocratique, le condamne
à remplir des fonctions autoritaires.
Conclusion
- p. 189
-
[Obliger] celui qui veut prendre une décision à toujours
devoir répondre pour se justifier :
parce que j'ai réfléchi à la question,
parce que j'ai complexifié et augmenté mon point de vue,
parce que je me suis soucié de la vie de l'autre,
parce que j'améliore les conditions d'existence partagées,
parce que je m'appuie sur la connaissance et le droit.
- pp. 189-190
-
[La démocratie] nous donne un sentiment fictif de participation
à la vie publique, soit à travers le vote qui ne nous confère
en réalité aucun pouvoir réel, soit à travers le droit
purement formel de nous présenter aux élections
que nous n'utilisons presque jamais.
Or la contrepartie de cette illusion de participation
[...], est de nous exposer aux risques bien réels
d'être confrontés à des gouvernants incompétents
qui peuvent mentir, manipuler la vérité, ignorer la réalité,
attiser les passions et les haines [...]
- p. 192
-
[Sanctuariser] un maximum de conquêtes possibles
contre toute forme d'interférence future, en confiant
à des juges, à des instances indépendantes ou à des conseils
scientifiques la mission de les protéger.
Interview à la librairie Mollat,
Temps critiques (YouTube)
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