Déclin et chute du néolibéralisme

Covid, inflation, pénuries : comment reconstruire l'économie sur de nouvelles bases
David Cayla
De Boeck Supérieur, 2022

Introduction : Le néolibéralisme existe-t-il ?

Note 10, p. 14
Hayek fut président de la Société du Mont Pèlerin de 1947 à 1961, Friedman, de 1970 à 1972. Tous deux ont participé à la réunion fondatrice de 1947.

1. Dépolitiser la monnaie

Les principes du monétarisme, p. 38
Dans la vision libérale, le marché du crédit devrait fonctionner exactement de la même façon que tous les autres marchés. [...]
Mais cette vision pose un problème. Elle est incompatible avec le fonctionnement des systèmes monétaires contemporains. En effet [...] il existe un taux d'intérêt qui, du fait de sa nature, ne peut être un taux de marché : c'est le taux de refinancement bancaire. Ce taux émane d'une institution publique — la banque centrale — qui est en situation de monopole.

2. Le monétarisme, élément du système néolibéral

Être ou ne pas être monétariste ? p. 65
[Dani Rodrik, professeur d'économie à Harvard] estime que « la véritable science économique est contextuelle, non pas universelle ».
p. 66
[Adair Turner, qui présida l'autorité britanique de régulation des marchés financiers, propose] de soutenir le revenu des ménages et l'activité économique en se passant du mécanisme de la dette, c'est-à-dire en distribuant de la monnaie qui émanerait directement de la banque centrale, sans passer par une opération de crédit [« monnaie hélicoptère »].
Quelles alternatives au monétarisme ? p. 81
La grande force idéologique des néolibéraux vient du fait qu'ils ont pensé les institutions, et que leur pensée inclut non seulement des réflexions sur le cadre légal et formel au sein duquel les marchés doivent fonctionner, mais qu'ils sont également parvenus à changer en profondeur les manières de voir, les idéologies et les modes de pensée.
Le mode de pensée néolibéral, p. 82
Jean Tirole [...] résume la manière dont il conçoit le rôle du marché :
[...] Historiquement, la rareté a été gérée de façons multiples : la file d'attente [...] ; le tirage au sort [...] ; l'approche administrative [...] ; la corruption et le favoritisme [...] ; la violence et les guerres ; et dernière approche, et non des moindres, le marché.

3. Un régime d'économies régulées

Le pari de 1948 : comment le néolibéralisme a construit la Nouvelle Allemagne, p. 103
Comme l'explique Foucault : l'ordre marchand précède et légitime l'ordre politique.

4. La révolution néolibérale

Une inexorable disparition de la croissance économique, p. 137
[Piketty l'a très bien montré :] à partir du moment où le capital est rémunéré et où il s'accumule à un rythme proche de son taux de rendement, les revenus du capital sont amenés à croître structurellement. Or, si la croissance du revenu national est nulle, cela signifie qu'une part de plus en plus faible de celui-ci est allouée aux revenus du travail. Cette situation conduit à terme à une hausse sans fin des inégalits.

5. Le monétarisme confronté aux crises

À quoi servent les marchés financiers ? p. 158
L'essentiel des transactions qui ont lieu sur les marchés financiers concernent des titres déjà émis, qui changent ainsi de propriétaires sans forcément apporter des fonds nouveaux à l'économie réelle.
La crise des crédits subprime, p. 175
Dès que l'on construit un système fondé sur la régularité d'un comportement (le taux de défaillances) et que ce système — justement parce qu'il fonctionne si bien — contribue à changer les comportements, on peut être à peu près certain de l'effondrement final.

6. La doxa et la praxis

L'état au service du marché : le néolibéralisme contemporain de Jean Tirole, p. 212
Le rôle de l'état doit être de « réparer » les marchés.
p. 219
[Tirole :]
In fine, la crise financière de 2008 a reflété [comme celle de l'euro] une crise de l'État, peu enclin à accomplir son travail de régulateur. [...] Contrairement à ce que l'on pense souvent, ces crises ne sont pas techniquement des crises du marché [...] mais plutôt les symptômes d'une défaillance des institutions étatiques nationales et supranationales.
La mystique des prix de marché, p. 225
Keynes avait montré dès 1936 [...] que, sur les marchés financiers, la technique d'investissement rationnelle n'est pas de suivre son propre jugement mais d'anticiper celui des autres.
Une vision institutionnaliste des marchés, p. 227
Le marché n'est plus une institution « neutre », extérieure à la société, mais une institution sociale presque comme les autres, sous l'influence de rapports sociaux et politiques.

Conclusion : Un monde post-néolibéral ?

Le retour des pénuries, pp. 237-238
Entre 1971 et 2021, la population mondiale fit plus que doubler, passant de 3,78 à 7,87 milliards d'e^tres humains ; la richesse monétaire produite par l'humanité (le PIB) quadrupla ; les émissions annuelles de CO2 passèrent de 15,5 milliards de tonnes à plus de 35 milliards. Quoiqu'on en dise, la pression anthropique que nous exerçons sur notre planète s'est largement aggravée. Notre consommation d'énergie, de matières premières, nos émissions et nos déchets n'ont jamais été aussi importants depuis que notre espèce est apparue sur terre, il y a environ 300 000 ans.
Un agenda pour une économie démocratique
1. Répondre à l'urgence climatique et à la raréfaction des ressources naturelles
2. Déterminer le rôle du marché dans l'économie et la société, p. 260
[Pour Karl Polanyi] le problème survient lorsqu'on décide de gérer comme des marchandises des choses qui n'en sont pas afin de leur donner un prix et d'orienter par ce biais les comportements collectifs.
3. Repenser les fonctions économiques des États, p. 262
L'État est l'institution que se donne une société consciente d'elle-même et organisée politiquement pour accomplir certains objectifs collectifs. Lorsqu'il est organisé démocratiquement, l'État est aussi un espace de débats qui permet d'arbitrer entre plusieurs choix possibles.
p. 263
Même chez Adam Smith, on retrouve l'idée qu'il y a la marchandise dont la production et la distribution sont déterminées par le marché et il y a ce qui relève d'objectifs civilisationnels, de principes et de valeurs non marchandes.
p. 264
Dans un contexte de paix, et même en prenant en compte les difficultés de la transition écologique, il devrait être possible de préserver un espace relativement étendu où les marchandises s'échangent et se négocient librement, et au sein duquel l'État ne jouerait qu'un rôle d'arbitre et de facilitateur.
4. Réencastrer l'économie dans la démocratie, p. 268
La démocratie est un principe d'organisation sociale dont l'objectif est de permettre à tous les citoyens de participer aux décisions collectives.

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