La dernière : Geoffroy de Lagasnerie

Radio Nova, la dernière, Guillaume Meurice et al.
Avec Geoffroy de Lagasnerie, le 3 mai 2026.

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Dans le champ social on n'a pas le droit de tuer autrui. On n pas le droit de blesser autrui. J'ai pas le droit d'infliger une souffrance.
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Mais j'ai le droit de voter pour un parti qui va infliger de la souffrance.
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J'ai le droit de voter pour un parti qui fait qu'il y a du cadmium et des PFAS dans la terre qui fait qu'il y a 10 % des cancers aujourd'hui qui sont causés par ça. J'ai le droit de voter pour un parti qui va soutenir le génocide à Gaza. J'ai le droit de voter pour un parti qui va être responsable de l'incarcération de masse. Donc en gros, on peut blesser autrui politiquement alors qu'on a pas le droit de le faire socialement. Et donc il y a quelque chose dans le champ politique qui nous délivre de l'interdiction de blesser autrui et de heurter autrui.
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Dans la démocratie, dans l'idée démocratique selon laquelle toutes les opinions se valent, selon lesquelles vous vous débattez et on vote et la majorité l'emporte, que ce soit dans une assemblée ou dans une assemblée représentative, il y a quelque chose qui dévitalise la politique. Il y a quelque chose qui fait qu'on ne met plus la politique en face de ses conséquences sur les corps, sur l'objectivité des corps, sur l'objectivité de la blessure et sur l'évaluation des effets des politiques sur les corps et sur la santé. Qu'est-ce que ça voudrait dire de substituer à l'idée d'une légitimité démocratique des opinions l'idée d'un vitalisme que j'appelle ? C'est-à-dire qu'on évalue les opinions selon leurs effets sur les corps et si on considère que ta politique tue, mutile, produit de la mutilation, elle est illégitime parce que personne n'a le droit de tuer autrui et c'est un interdit fondamental.
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La deuxième chose, c'est que quand il parle, Marc, on l'écoute. C'est vrai. Il a une compétence spécifique qu'il a acquise par le savoir, Il a la science avec lui et quand il parle, on n'a pas envie d'avoir son opinion. On a envie de l'écouter et on est augmenté par son opinion. Et peut-être qu'on sait pas ce qu'il nous dit. Et peut-être qu'il y a des choses contreintuitives. Par exemple, ce qu'il a dit sur les perturbateurs endocriniens, c'est contreintuitif. On se dit pas : « Ah, j'ai mon opinion, il a la sienne. ». On se dit : « J'avais tort ». On se dit : « Je savais pas. »
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Il y a quelque chose dans le le raisonnement scientifique et dans la compétence scientifique qui emporte avec soi l'idée qu'il y a certains discours qui sont supérieurs aux autres parce qu'ils sont plus élaborés, parce qu'ils sont travaillés, et ils ont des conséquences politiques, et on voit que dès qu'on l'écoute, on a des conséquences politiques normatives qui découlent de sa connaissance.
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Il y a dans la démocratie l'idée d'un relativisme des opinions. Tout le monde peut dire « C'est mon opinion. » Duplomb peut dire à Marc : « C'est mon opinion. Je pense que c'est bien qu'il y a des pesticides comme ça. » Et donc il peut faire voter la loi.
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Donc il y a un relativisme des opinions qui met sur le même plan de mauvaises informations, des présupposés, voire des biais racistes, classistes et cetera.
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Mais c'est ça qui est contreintuitif, c'est qu'en fait toutes les opinions ne se valent pas. En fait, elles se valent pas à deux niveaux les opinions. Elles se valent pas du point de vue de leur fondement, c'est-à-dire est-ce qu'elles sont appuyées sur des études et sur la véridicité et elles ne se valent pas du point de vue de leurs conséquences, c'est-à-dire du point de vue de leurs effets sur leur corps. Donc si vous dites : « Je suis démocrate », vous dites : « J'accepte potentiellement d'être gouverné par une opinion qui sera fausse, qui sera malfaisante et qui sera blessante sur autrui. »
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Si vous dites comme moi : « Non, on a tous le droit de vivre. La seule chose qui nous rassemble, c'est qu'on est des corps souffrants, des corps potentiellement blessés, des corps exposés à la mort et qu'en gros, on a des consensus, c'est que personne envie de mourir et que c'est pas très difficile d'accepter que personne ne veut mourir comme Adama Traoré, que personne ne veut mourir en Méditerranée, que personne ne veut mourir bombardé, que personne ne veut mourir à 50 ans à cause d'un cancer de l'amiante », voilà, ça c'est un consensus. À partir du moment où vous avez ce consensus là, moi je dis il faut normer le champ politique à des valeurs transcendantes à la valeur d'opinion, et évaluer les opinions comme on évalue des connaissances, c'est-à-dire du point de vue de leur fondement et du point de vue de leurs effets.

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