Peut-on concilier conservatisme et libéralisme ?

Gaspard Koenig face à Laetitia Strauch-Bonart, au Club Idées du Figaro, le 26 juin 2025

Je n'ai pas écouté jusqu'au bout, seulement retenu la réponse que fait GK pour définir le libéralisme.

D'abord, je me le dis plus. Parce que je vois que le c'est comme les sols, le mot est tellement pollué dans le débat public, il est tellement parti dans tous les sens dans les 50 dernières années qu'il est quasiment irrécupérable.
Il y a un philosophe belge qui m'avait dit : « Tu sais en fait, si tu défendais toutes tes idées sans parler de libéralisme, les gens t'adoreraient. » Il y a le revenu universel, il y a l'autonomie locale, il y a la transition agroécologique et puis alors dès qu'on met le mot libéral, ça part dans tous les sens. Aux États-Unis, c'est de gauche. En France, c'est quand même plutôt de droite. Ensuite, on considère que c'est quelque chose d'économiciste ou pas, alors que c'est une grande philosophie politique. Il y a les libertariens qui arrivent là-dessus. Il y a ceux qui parlent d'ultralibéralisme, de néolibéralisme. Et donc, il faut bien avouer qu'on est paumé.
Alors, Foucault, je trouve, fait le meilleur travail de définition dans la Naissance de la biopolitique. Et je pense que globalement, on peut distinguer la famille des libéraux classiques qui part chez les anglo-saxons d'un côté, Burke et qui engendre et qui se noue avec les conservateurs, et chez les Français, les gallicans comme dit Hayek de l'autre côté, qui donnent un rôle assez fort à l'État pour émanciper l'individu. C'est un peu la doctrine révolutionnaire. Et donc, contrairement à ce qu'on pense dans l'histoire française, il y a une un vrai lien entre liberté individuelle et État. L'État qui casse les corporations, qui casse les privilèges, qui donne des droits, qui défend la propriété, qui défend la liberté d'expression, qui organise le cadre politique institutionnel. Et puis il y a les libertariens qui une sorte de déviance des années 70, qui étaient ultra minoritaires jusqu'à aujourd'hui et qui considèrent que finalement il y a besoin pour aller très vite, parce que là aussi il y a beaucoup de familles au sein des libertariens, que rien d'autre n'importe sinon le droit de propriété et les échanges contractuels. Et les néolibéraux, c'est quelque part l'économicisme dans lequel nous sommes qui voudrait que tout soit efficient et où là aussi, il y a une très forte connexion pensée par Foucault entre une bureaucratie d'État et un monde économique qui fonctionne sur le principe de la valeur d'utilité. Et puis il faut pas oublier les libertaires quand même dans la grande famille des libers. Moi je je pense que l'horizon du libéralisme un peu pur que je défends, c'est l'anarchisme. L'anarchisme, c'est l'idéal en fait. C'est peut-être pour un peuple de dieux comme dit Rousseau, auto-organisé sans aucune autorité, mais c'est un c'est un bel idéal dont on ne parle plus beaucoup aujourd'hui, et qui pourtant continue d'entretenir la pensée, pour ce qui me concerne ma vision de la société, qui permet aussi beaucoup de rapprocher libéralisme et écologie. Il y a beaucoup de liens en fait quand lit les penseurs anarchistes de Reclus à Bookchin, entre une vision très exigeante de la liberté humaine et un sentiment d'appartenance à la nature. Donc maintenant, j'ai totalement embrouillé le débat.
Je peux vous dire ma définition à moi du libéralisme, celle que je défendrai, qui est vraiment ancrée chez John Stuart Mill et Tocqueville, c'est l'idée de préserver en tout à chacun un droit à l'errance. Que dans une société, on puisse regrouper des individus les plus variés, les plus différents, les plus hétérogènes possibles. Et quelque part, c'est peut-être ça le chemin de la civilisation quand elle sort de l'esprit tribal comme disait Vargas Llosa, c'est que les individus se regroupent bien sûr en collectif, peuvent se regrouper en commun d'ailleurs, mais ils sont aussi singuliers que possible. Ils peuvent développer des choses qui leur sont uniques. C'est en cela par exemple que mon libéralisme s'oppose très fortement à tout ce qui se passe aujourd'hui sur l'intelligence artificielle. On a tendance à homogénéiser les choses. Voilà. Et Stuart Mill comme Tocqueville sont deux penseurs qui mettent en place des institutions pour lutter à tout prix contre la tyrannie de la majorité, contre l'idée que la majorité va imposer ses valeurs, son mode de vie à tout le reste de la société. Il trouve que c'est ce qu'il y a de pire, c'est ce qui étouffe la créativité. Et là, on parle pas d'économie, et John Stuart Mill est un vrai progressiste à l'époque. C'est lui qui se bat contre l'esclavage. C'est un des premiers à se battre pour pour le droit des femmes. Bref, pour défendre à chaque fois la particularité de ceux qui sont le plus éloignés de la représentation majoritaire.

YouTube,
En Ligne