Comment Israël mène la guerre de l’information, entre « incrimination rétrospective », censure et manipulation des IA
Luc Bronner , mardi 25 août 2026
Sous strictes conditions d’anonymat,
ce militaire a décrit à une ONG israélienne,
Breaking the Silence, et à plusieurs médias,
la méthode récurrente employée par l’armée
en s’appuyant sur un épisode marquant de la guerre à Gaza.
D’abord, l’armée fait savoir que la cible visée
sur le toit de l’hôpital était une caméra
utilisée par le Hamas pour suivre les déplacements des soldats israéliens
— l’affirmation n’était pas vraie,
comme l’a montré une enquête de Reuters.
Surtout, l’armée enclenche
un « recadrage rétrospectif » :
chercher par tous les moyens à relier les victimes
de cette double frappe au Hamas.
« Nous n’avons pas pu faire passer le journaliste
équipé de sa caméra pour un terroriste
et nous n’avons pas pu le lier à une organisation terroriste. »
« L’ennemi mène une collecte de renseignement visuel
étendue et clandestine, tout en exploitant cyniquement
des sites sensibles et des infrastructures civiles,
telles que l’hôpital Nasser,
depuis lesquels il conduit des activités terroristes
contre les troupes de Tsahal », indique le communiqué officiel.
L’armée dispose d’un autre instrument, ancien, moins connu
mais particulièrement efficace : la censure militaire.
L’usage qu’elle en fait a explosé depuis le 7 octobre 2023.
Une ONG israélienne, le Mouvement pour la liberté de l’information,
et le site d’investigation +972 ont obtenu,
grâce à des recours juridiques,
les statistiques sur plusieurs années.
En 2024, les censures partielles ont concerné 6 265 articles,
les interdictions totales 1 635.
« Aucune autre entité se définissant comme une
“démocratie occidentale” ne possède une institution comparable »,
a commenté Haggai Matar, directeur du site d’investigation +972.
Cette stratégie de contrôle de l’information,
qui s’intègre dans la hasbara,
le terme qui désigne la propagande israélienne,
est-elle efficace ?
Dans l’opinion publique nationale, oui.
Dans l’opinion publique mondiale, le résultat est moins favorable.
Une enquête d’un think tank américain, le Quincy Institute,
a révélé, fin juillet, que le gouvernement avait financé
la rédaction de dizaines de rapports pour influencer
les robots de l’IA et, à travers eux,
peser sur les réponses aux questions posées par les citoyens américains.
Article,
Le Monde, 2026